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SciencesPo. | École de la communication

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PLUS TARD JE VENDRAI DES YAOURTS

Un de mes amis en Affaires Publiques me disait récemment vouloir réformer l’État. Ma petite amie en Affaires Internationales veut aider au développement et à l’éducation dans le Tiers-Monde. Même une vague connaissance en Finance et Stratégie m’a confessé s’intéresser fortement au commerce équitable.

Je suis en comm’, et on dit que je vendrai des yaourts.

On me le dit tellement, et on me l’a déjà tellement dit que ça en est devenu une angoisse. Je fais des rêves où je me noie dans un océan de mélasse blanchâtre semi-liquide aux relents de vanille synthétique.

J’en étouffe tellement de ce yaourt et de devoir me justifier, que j’ai commencé à me demander ce que ça voulait bien pouvoir dire, dans l’esprit des gens, ce juron.

Le « yaourt » est pour notre génération ce que la « soupe » était à nos grands-parents : de la mauvaise qualité, offerte au plus grand nombre, au nom du progrès et de la démocratisation.

Le yaourt c’est presque, dans l’imaginaire collectif, le fer de lance de la TF1-isation du monde et le publicitaire qui le promeut, le bras armé d’un capitalisme abrutissant. On sert aux beaufs des produits dont ils n’ont pas besoin et sous couvert de divertissement on les zombifie, les transforme en de petits sujets disciplinés auxquels on pourra par la suite vendre encore plus de produits.

Le yaourt c’est un si grand cliché que c’est celui que n’a pu s’empêcher de prendre Frédéric Beigbeder vomissant la pub dans 99 francs.

Mais le yaourt recouvre néanmoins une angoisse légitime. A travers le yaourt, à travers l’assertion ‘vendre des yaourts’ ce qu’on questionne c’est la vacuité du métier de publicitaire - de communicant pour faire large.

Car le yaourt, pâte mole et sans âme, est un produit si ce n’est avilissant du moins neutre, vide et inutile. Comment considérer alors l'action de celui qui le promeut ?

Il y a donc dans le juron ‘vendre des yaourt’ un questionnement éthique sur la finalité du geste publicitaire. Un enfant de cinq ans résumerait la tension par cette question « Tu es publicitaire, ça sert à quoi ? ». Et il est là le fond de l’angoisse, vais-je servir ? Vais-je avoir une fonction ?

A défaut d’apporter des réponses, voilà posées les questions.

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