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Les choix en matière d’armes nucléaires. Gouverner les vulnérabilités nucléaires entre le passé et l’avenir - NUCLEAR

À propos

(crédits : CERI)

Les choix en matière d’armes nucléaires engagent les populations et les sociétés pour des décennies et peuvent les anéantir en quelques minutes. Comment le champ des choix possibles dans ce domaine est-il déterminé ? Certainement pas par expérience directe, aucun d’entre nous n’ayant d’expérience personnelle de la guerre nucléaire qu’il ou elle pourrait mobiliser. La plupart des décideurs n’ont même plus l’expérience des effets de ces armes, car aucun État n’a effectué d’essais nucléaires atmosphériques depuis 1998. La réponse ne réside pas non plus dans les préférences des populations, très rarement consultées à ce sujet, et à propos desquelles nous ne disposons que de rares études. C’est pourquoi le projet NUCLEAR (2018-2025), dirigé par Benoît Pelopidas, offre la première analyse approfondie de ce qui détermine le champ des choix présentés dans l’espace public en matière d’armement nucléaire. Pour mener à bien cette analyse, nous avons conçu un programme de recherche interdisciplinaire se concentrant sur quatre éléments susceptibles de cadrer les choix possibles en matière d’armes nucléaires :

  1. les catégories intellectuelles dont nous sommes dépendants pour penser ces questions ; 
  2. la gestion de la connaissance sur le sujet par les institutions parties prenantes dans le domaine ;
  3. les lectures spécifiques du passé qui identifient des évènements ou des tendances à partir desquels sont tirées des conclusions sur l’étendue du champ des choix possibles et 
  4. l’imaginaire des avenirs jugés possibles par opposition à ceux jugés utopiques. À partir d’archives et d’entretiens inédits de par le monde, de sondages à grande échelle et de l’analyse sur plusieurs décennies des discours des responsables politiques et des stratégistes, le projet a étudié le pouvoir d’aveuglement des catégories créées dans les années 1960, et parfois toujours considérées comme le lexique irremplaçable de l’âge nucléaire, ainsi que que la façon dont les programmes d’armement nucléaire modifient la gestion des connaissances dans le domaine. Sur la base de ces résultats, il offre une notion renouvelée de responsabilité à l’âge nucléaire en toute conscience des vulnérabilités nucléaires, qu’elles soient épistémiques ou matérielles.

Travaux

Le projet a abouti à trois types de contributions qui transforment l’étude de l’histoire globale et des relations internationales depuis 1945.

D’abord, il a développé et mis en œuvre une méthode qui permet d’objectiver cinq types d’effets de la nucléarisation des Etats et du monde : 

  1. Elle introduit une dépendance à la chance – des facteurs qui excèdent le contrôle sur les arsenaux, soit des défaillances techniques, des désobéissances opportunes et des facteurs extérieurs aux paramètres du contrôle – pour éviter des explosions nucléaires non-désirées ;
  2. Elle a des effets sur la démocratie dont elle restreint le champ d’application en introduisant des poches de secrets et le projet a montré qu’aucune théorie de la démocratie n’est compatible avec les propriétés matérielles de ces systèmes d’armes ;
  3. elle introduit un défi d’imagination puisque que, même si l’on peut démontrer que des explosions nucléaires non désirées demeurent possibles, les acteurs politiques n’arrivent littéralement pas à y croire et agissent comme si elles n’étaient pas possibles ;
  4. dans les documents stratégiques des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, les interactions entre le changement climatique, les armes nucléaires et les politiques pour adresser ces deux domaines de l’action publiques sont supposées ne pas créer de risques nucléaires supplémentaires ou d’empêcher la mise en œuvre de la politique nucléaire. Il est donc nécessaire de s’interroger sur les effets des politiques de sécurité nationale, y compris nucléaires sur le changement climatique ;
  5. Contrairement à ce que supposent les études de sécurité, les futurs nucléaires possibles et désirables sont déterminés par les futurs imaginés par les institutions qui se battent pour des ressources bureaucratiques et par des leçons spécifiques du passé filtrées à travers un langage ésotérique qui permet des contradictions internes.

Le deuxième type de contribution consiste à requalifier la production de connaissance sur les réalités nucléaires dans les think tanks et à l’université : il a montré que le financement des think tanks les plus influents est porteur de conflits d’intérêts, ce qui se traduit par trois effets problématiques, que le canon des études nucléaires est constitué de manière problématique et nie le rôle de la chance en pratique si pas en théorie ou la réduit à la notion de risque et développe une idéologie de l’ordre nucléaire.

En plus de 31 publications académiques dont deux monographies, le dernier type de contribution du projet consiste à mettre au jour ou produire et rendre publiques des sources primaires sur l’histoire nucléaire globale : des entretiens avec des acteurs scientifiques, politiques et militaires et le premier sondage sur les attitudes et niveaux de connaissance des citoyens des Etats dotés d’armes nucléaires mais aussi des Etats hôtes au sein de l’Union européenne Royaume-Uni inclus, conduit une première fois à l’automne 2019 et répliqué cinq ans plus tard.

Ces résultats permettent de fondamentalement requalifier les dynamiques de dissuasion, prolifération et diplomatie nucléaires.

Dr Heba Taha a reçu le International Affairs Early Career Award 2023 pour ses découvertes sur le cadrage des possibles nucléaires en Egypte ; les résultats indiqués plus hauts sont stabilisés dans des manuels et handbooks en français et en anglais et ont été reconnus dans une session plénière de E-ISA2024, par le comité Nobel et par différentes autres organisations.

Ces résultats sont présentés par l’équipe en français et en anglais.

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Responsables

(crédits : CERI)

Benoit Pelopidas, Associate Professor

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